Polysomnographie, chronobiologie et approche cognitive dans le traitement de la dépression majeure

Canadian Psychology, Aug 2005 by Forest, Genevi�ve, Layton, Francine Roussy, De Koninck, Joseph

R�sum�

L'approche cognitive tient compte de plusieurs aspects de la d�pression majeure, mais elle conna�t des limites. Notamment, malgr� un bon taux de r�ussite, plusieurs patients font une rechute dans l'ann�e suivant la th�rapie cognitive. L'ajout de consid�rations polysomnographique et chronobiologique semble �tre en mesure de combler certaines des lacunes de cette approche, ce qui permettrait d'augmenter significativement l'efficacit� des interventions utilis�es. Des travaux r�cents sugg�rent en effet qu'une analyse plus approfondie du sommeil et des rythmes circadiens pourrait �tre tr�s utile dans la planification du traitement et la gestion des cas de rechute. Un mod�le hi�rarchique d'interventions int�grant les dimensions � polysomnographie et chronobiologie � � l'approche cognitive classique est propos�.

Le mod�le cognitif et l'approche th�rapeutique qui en d�coule sont parmi les plus utilis�s, en dehors de la pharmacoth�rapie, pour la conceptualisation et le traitement de la d�pression majeure. Malgr� un taux de r�tissite consid�rable (jusqu'� 66 % selon certaines �tudes; Biggs & Rush, 1999; Williams, 1997), une proportion significative (30 %) des patients font une rechute dans l'ann�e suivant la th�rapie (Giedke & Schw�rzler, 2002; Gloaguen, Cottraux, Cucherat & Rlackurn, 1998; Thase et al., 1992; Wu � Bunney, 1990). Ceci sugg�re que l'approche cognitive est insuffisante pour expliquer l'ensemble des aspects du d�veloppement, du maintien, de la r�mission et de la rechute de la d�pression majeure. A cet effet, il semble que l'approche polysomnographique et chronobiologique pourrait combler certaines lacunes. L'ensemble de cette probl�matique sera d�velopp� dans le texte qui suit.

L'approche cognitive de la d�pression majeure L'hypoth�se voulant que les cognitions jouent un r�le dans les d�sordres psychologiques existe depuis l'Antiquit� (Ellis, 1989). Ce n'est cependant qu'en 1979 que Beck, Rush, Shaw et Emery ont �labor� une th�orie cognitive sp�cifique de la d�pression majeure, laquelle a continu� d'�voluer jusqu'� sa forme la plus r�cente (Young, Weinberger & Beck, 2001). Le paragraphe qui suit d�crit tr�s bri�vement cette th�orie cognitive de la d�pression.

La th�orie cognitive de Young et al. (2001) per�oit la d�pression comme �tant caus�e par une dysfonction des sch�mas cognitifs de la personne. Ces sch�mas sont des structures cognitives inconscientes et automatiques qui servent � traiter l'information et qui contiennent l'ensemble des savoirs acquis au cours des exp�riences pr�coces (Young et al., 2001). Chez la personne d�prim�e, les sch�mas cognitifs filtrent l'information et ne retiennent que les aspects n�gatifs de l'exp�rience v�cue (Gilbert, 2004; Young et al., 2001). Cette filtration am�ne des distorsions cognitives telles l'amplification des �checs, la minimisation des succ�s, la pens�e dichotomique (tout ou rien), et !'inference arbitraire (i.e. conclure sans preuve ad�quate) (Young et al., 2001).

Selon le mod�le cognitif, la pr�sence de sch�mas fondamentaux m�sadapt�s est un facteur pr�disposant � d�velopper un syndrome d�pressif (Young et al., 2001). Dans celte optique, la th�rapie cognitive moderne int�gre une phase d'identification et de modification de ces croyances de base en se servant d'un outil d�velopp� par Young (1999) (Young Schema Questionnaire) et qui permet d'identifier les sch�mas fondamentaux m�sadapt�s d'une personne (Young, 1999; Young et al, 2001). En plus des sch�mas m�sadapt�s, la pr�sence de stresseurs aigus ou chroniques peut �galement pr�cipiter ou d�clencher une d�pression (Brown, 1996, Hankin & Abramson, 2001). Brown note � cet effet que 66 � 90 % des �pisodes d�pressifs d�butent dans les six mois suivant un �v�nement stressant. On parle alors d'un mod�le de diath�se-stress, dans lequel des stresseurs (biologiques ou psychologiques) activent des sch�mas cognitifs d�pressifs (Brown; Hankin & Abramson). Nous verrons plus loin comment le sommeil pourrait �tre consid�r� comme un �l�ment activateur et pr�cipitant d'un �pisode d�pressif.

Le mod�le cognitif tente donc d'expliquer comment certains facteurs activent une structure cognitive dysfonctionnelle, laquelle cr�e � son tour des distorsions qui m�nent finalement aux sympt�mes d�pressifs. Le principe de la th�rapie cognitive r�side par cons�quent dans la prise de conscience, par la personne, de ses propres composantes cognitives. Ensuite, les interventions ont pour objectif de modifier la nature n�gative et d�pressive de ces distorsions (Young et al., 2001). Plusieurs techniques, qui ne seront pas d�crites ici (par ex., le discours logique, la gestion de probl�mes, le jeu de r�le et la restructuration par imagerie, etc.), sont utilis�es pour ce genre de traitement (Young et al., 2001). Par contre, tel que mentionn� pr�c�demment, il arrive que certaines personnes ne b�n�ficient pas pleinement du traitement cognitif et font une rechute dans l'ann�e suivant la th�rapie (Gloaguen et al., 1998; Thase et al., 1992). Le mod�le cognitif offre malheureusement peu d'explications pour ces cas r�fractaires � la th�rapie. Dans le but de maximiser l'efficacit� du traitement nonpharmacologique de la d�pression majeure, la n�cessit� de r�examiner et d'am�liorer le mod�le cognitif devient imperative.


 

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