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ProQuest

Le statut socio-économique de la famille et le développement cognitif dans la première année de vie

Canadian Journal of Behavioural Science,  Jul 2007  by Normand, Claude L,  Baillargeon, Raymond H,  Brousseau, Julie

Résumé

Le développement cognitif des enfants est lié à la qualité de l'environnement dans lequel ils grandissent. Le statut socio-économique (SSE) de la famille peut servir d'indice de qualité de cet environnement. À ce jour aucune enquête épidémiologique n'a évalué le développement cognitif des enfants de moins de deux ans en lien avec leur SSE familial. Le but de la présente étude est d'évaluer, auprès de 2 223 nourrissons de cinq mois de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ), la relation entre plusieurs facettes du SSE sur une acquisition-phare de la période sensori-motrice : l'habileté à coordonner les schèmes de vision et de préhension pour saisir un objet à sa portée. Outre le revenu familial et le niveau d'éducation des parents, l'âge de la mère et du père au moment de l'enquête, le type de famille dans laquelle vit le nourrisson, le nombre d'enfants dans la famille, le statut d'immigrante de la mère ainsi que l'âge de la mère à la naissance de son premier enfant sont considérés dans le SSE. Des analyses de classes latentes permettent d'estimer le niveau de développement cognitif des nourrissons, puis un modèle loglinéaire est appliqué pour rendre compte de l'association entre les diverses facettes du SSE et le niveau de développement cognitif des participants. Les nourrissons d'environ cinq mois dans la population québécoise diffèrent entre eux quant à l'habileté à coordonner visionpréhension, sans que par ailleurs ces différences soient reliées au sexe du nourrisson. Les nourrissons qui ont le moins de frères et soeurs, et dont la mère est plus jeune et non immigrante, sont plus susceptibles de coordonner vision-préhension à cinq mois, et cela sans égard au sexe. En conclusion, ces résultats suggèrent qu'il existe une variation importante quant au rythme de développement cognitif dans la première année de vie, laquelle est associée à certaines facettes du SSE de la famille.

Abstract

Children's cognitive development is related to the quality of the environment in which they grow up. Family socioeconomic status (SES) can be used as a proxy measure for the quality of that environment. To date, no epidemiological study has yet looked at the cognitive development of children under two years of age in relation to SES. The purpose of this study is to evaluate, in a cohort of 2,223 five-month-old infants from the Quebec Longitudinal Study of Child Development (QLSCD), the relationship between specific aspects of SES and a key acquisition of the sensorimotor stage, i.e. the ability to coordinate the schemata of vision and prehension in order to grasp an object within reach. In addition to family income and parental level of education, maternal and paternal age at the time of the study, family type, number of children in the family, immigration status of the mother and her age at the birth of her first child were considered in SES. Latent class analyses were performed to estimate the infants' level of cognitive development, then submitted to loglinear modeling to account for the association between the various aspects of SES and cognitive development. Infants of approximately five months of age within the Québec population differed amongst themselves in terms of their ability to coordinate vision and prehension, although these differences were unrelated to gender. Infants who had the fewest number of siblings, and whose mothers were younger and non-immigrant, were more likely to coordinate vision and prehension at five months, regardless of gender. These results suggest that a significant variation in the rate of cognitive development during the first year of life is associated with certain aspects of family SES.

Bien qu'on ne comprenne pas encore tous les mécanismes par lesquels l'environnement peut influer sur le développement intellectuel, nous savons que le bagage cumulatif d'expériences pré et postnatales, et celles qui suivront pendant la petite enfance, ont un impact sur la formation du cerveau et en conséquence sur le développement cognitif des enfants. Or, à défaut de pouvoir comptabiliser toutes les expériences qui ont le potentiel d'exercer un effet sur le développement cognitif des nourrissons dès leurs premiers jours de vie et ce, pendant de nombreux mois, les chercheurs se sont concentrés sur une dimension bien précise de l'environnement du bébé (par ex., l'exposition à un mobile suspendu à la bassinette pendant x minutes d'éveil par jour) ou, opté pour une variable très globale, comme le statut socio-économique (SSE) de la famille. Bien que grossier, le SSE est employé par de nombreux chercheurs en guise d'indicateur potentiel de la qualité de l'expérience fournie par l'environnement de l'enfant. Cette variable a l'avantage d'être souvent incluse dans les enquêtes épidémiologiques.

Cependant, certaines études n'ont pas trouvé de relation entre le SSE et le développement cognitif des jeunes enfants d'âge préscolaire ou scolaire (pour une recension des écrits voir Golden & Birns, 1983; Slater, 1995). Ces résultats d'apparence contre-intuitifs peuvent s'expliquer de plusieurs façons. Premièrement, le SSE de la famille est une variable à multiples facettes dont les effets peuvent être analysés séparément, ou en combinaison. Parmi celles-ci mentionnons, entre autres, le niveau de scolarité de la mère et du père, l'occupation des parents, et le revenu familial. Par le fait-même, les foyers et les individus faisant partie d'une classe socio-économique donnée consituent un groupe hétérogène en ce qui a trait aux variables qui façonnent le développement de leurs enfants (Deutsch, 1973; Wachs, 2000; Wachs & Gruen, 1982). C'est donc dire que pour un niveau de SSE donné, on peut retrouver divers niveaux d'éducation ou des écarts de revenus importants d'une famille à une autre. En supposant que certaines de ces facettes aient un effet sur le développement cognitif de l'enfant, alors que d'autres n'en aient pas, l'hétérogénéité des classes socio-économiques constitue une limite importante des études qui ont tenté de démontrer une relation entre le SSE et le développement cognitif de l'enfant. D'ailleurs, après avoir décortiqué le SSE selon plusieurs dimensions distinctes, Brooks-Gunn, Duncan et Rebello Britto (1999) ont fait ressortir une relation entre le QI (à 5 ans) d'un échantillon de 348 enfants du Infant Health and Development Program et le revenu, le niveau de scolarité et l'ethnie de la mère. En contrepartie, l'âge de la mère et son statut de monoparentalité ne prédisaient pas les scores de QI.