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Validation de l'Échelle d'évaluation des comportements et des attitudes d'observance des prescriptions psychopharmacologiques (ÉCAOPP)

Canadian Journal of Behavioural Science,  Oct 2007  by Laurier, Catherine,  Lafortune, Denis

Résumé

Dans la région de Montréal et de ses banlieues, en 2001, la prescription de médicaments psychotropes touchait 36,6 % des enfants et des adolescents dans les centres de réadaptation (Lafortune, Laurier & Gagnon, 2004) où les jeunes sont placés pour des motifs divers (troubles du comportement, incapacités parentales, délinquance, etc.). Devant l'ampleur du phénomène, des questions se posent quant à l'adhésion (ou « observance ») des jeunes à la médication psychotrope qui leur est prescrite. Aucune étude n'a encore évalué l'adhésion aux prescriptions de médicaments psychotropes dans les milieux de rééducation pour mineurs. Dans un premier temps, étant donné l'absence de mesure adéquate de l'observance pour cette population, cette étude se propose de valider l'Échelle d'évaluation des comportements et des attitudes d'observance de la prescription psychophamacologique (ÉCAOPP). E premier, l'évaluation de la structure factorielle et ensuite de la consistance interne de l'échelle sera réalisée. Un total de 89 participants a été recruté pour cette étude de validation, 65 % (n = 58) de ceux-ci étant des adolescents et 35 % (n = 31) des adolescentes. La version finale retenue de cette échelle, révélant de très bonnes propriétés psychométriques, comprend 12 items mesurant l'acceptation des médicaments psychotropes prescrits (sept items) et les comportements d'observance face aux médicaments psychotropes prescrits (cinq items).

Abstract

In 2001, 36.6% of the children and youths placed in youth care centres in the Montréal area were taking psychotropic medications (Lafortune, Laurier, & Gagnon, 2004). Youths are placed in these centres for various reasons, such as behavioural problems, parental incapacities, or delinquency. There are no previous published data to our knowledge on compliance with psychotropic medications in youth care centres. Because of the absence of an adequate measure of patient compliance for this population, we validate the Compliance with Psychopharmacological Prescription Behaviors and Attitudes Rating Scale (Échelle d'évaluation des comportements et des attitudes d'observance de la prescription psychophamacologique - ÉCAOPP). We evaluated the factorial structure and internal consistency of the scale. A total of 89 participants (58 males and 31 females) were recruited for this validation study. The final version of this scale, having very good psychometric properties, includes 12 items measuring 1) the acceptance of the prescribed psychotropic medication (seven items) and 2) compliance behaviours with the prescribed medications (five items).

La prévalence de la prescription de médicaments psychotropes aux mineurs placés en institution est un phénomène de grande ampleur. Aux États-Unis, Zima, Bussing, Crecelius, Kaufman et Belin (1999) établissent que 13 % de leur échantillon d'enfants de 6 à 12 ans placés en institution (« foster care ») sont sous médication psychotrope au moment de l'étude. En comparaison avec une population générale d'enfants (Zito, Safer, DosReis & Riddle, 1998), la probabilité qu'un mineur en institution soit sous médication psychotrope est trois fois plus grande. En 2001, DosReis, Zito, Safer et Soeken, dans un échantillon de 310 enfants placés dans des « foster care » observaient une prévalence de 30 %. Dans la région de Montréal et de ses banlieues, en 2001, la prescription de médicaments psychotropes touchait 36,6 % des enfants et des adolescents dans ces centres de réadaptation (Lafortune, Laurier & Gagnon, 2004) où les jeunes sont placés pour des motifs divers (troubles du comportement, incapacités parentales, délinquance, etc.). Devant l'ampleur du phénomène, des questions se posent quant à l'adhésion (ou « observance ») des jeunes à la médication psychotrope qui leur est prescrite.

L'observance d'un traitement médical est un des principaux facteurs contribuant à l'amélioration de la santé (Gordis, 1976). À l'inverse, le manque d'adhésion au traitement constitue une cause majeure d'échecs thérapeutiques, de réhospitalisations et de rechutes (Cramer & Rosenheck, 1998), en plus d'engendrer des erreurs lors de l'évaluation de l'efficacité des traitements, où il peut être un « facteur confondant » (Baillargeon, Contreras, Grady, Black & Murray, 2000; Meichenbaum & Turk, 1987; Pampallona, Bollini, Tibaldi, Kupelnick & Minizza, 2002).

Lorsqu'il est question d'observance d'un traitement, plusieurs auteurs (Conrad, 1985; McDonald, Garg & Haynes, 2002; Ross, 1991; Trostle, 1998) adoptent la définition proposée par Haynes (1979), soit la mesure dans laquelle le comportement d'un individu (en ce qui a trait à une médication, un régime ou un changement de mode de vie) correspond aux recommandations ou prescriptions du médecin. Bien que cette définition soit largement utilisée, les distinctions proposées par chacun des auteurs qui s'y réfèrent rendent difficile la comparaison entre les études. De plus, l'étude des facteurs contribuant à l'observance de la psychopharmacopres-cription (Laurier & Lafortune, sous presse) permet de constater qu'il s'agit d'un phénomène complexe qui relève de plusieurs déterminants : les caractéristiques personnelles du patient, l'attitude des personnes significatives dans son environnement, la nature de la maladie et du traitement, la relation avec le médecin et le contexte spécifique dans lequel est prescrit et consommé le médicament. Des études ayant identifié ces facteurs contributifs à l'observance sont présentées dans le Tableau 1 à l'Annexe 1.