VOYAGES ESTUDIANTINS AU XVI^sup e^ SIECLE : LES ITINERARIA DE JEAN SECOND

Romanic Review, Jan-Mar 2003 by Ford, Philip

Les trois Itineraria composes par le poete hollandais Jean Second et par son frere Hadrianus Marius sont loin d'etre inconnus. Publies pour la premiere fois par Daniel Heinsius en 1618(1), les textes furent rediges lors de deux voyages, entre Malines et Bourges et Bourges et Malines, en mars 1532 et mars 1533 respectivement, et un troisieme voyage entre Malines et La Almunia en Espagne, egalement en 1533. En plus d'editions anciennes2, il existe une edition recente, accompagnee d'une traduction anglaise et de notes, procuree par J. R. C. Martyn3.

Le voyage que second et son frere firent entre Malines et Bourges fut entierement lie a leur education. second, age de 21 ans, et Marius, son aine de deux ans, se proposaient de poursuivre leurs etudes a l'Universite de Bourges sous la tutelle d'Andre Alciat, qui y professait le droit depuis 1529 et dont la renommee avait attire des etudiants de toute l'Europe, surtout d'Italie du nord. second et son frere obtinrent leur licence en droit en 1533, avant de repartir pour leur pays natal. Le troisieme voyage entrepris par second fut motive en premier lieu par le desir de trouver un poste en Espagne, mais en meme temps l'auteur des Basia accompagnait la jeune femme et le beau-frere de son frere Grudius, secretaire depuis 1532 de Charles-Quint.

Les trois itineraria nous offrent de tres riches precisions sur plusieurs aspects du voyage a la Renaissance. En premier lieu, ils contiennent bon nombre de details materiels: la longueur de chaque etape du voyage et sa duree, la condition des routes, les dangers auxquels s'exposait le voyageur. Ensuite, ils nous renseignent sur la facon dont les voyageurs furent accueillis dans chacune des villes qu'ils visiterent, sur la condition des auberges qu'ils frequenterent, sur l'hospitalite des habitants, et parfois, lorsqu'ils trouverent des amis dans tel ou tel lieu, sur le reseau d'humanistes qui existait a l'epoque et sur le role important de la res publica litterarum dans les relations humaines. Enfin, grace aux descriptions et aux poemes que second nous offre sur les monuments qu'il visite, nous sommes en mesure d'apprecier l'aspect touristique de ces voyages, d'autant plus frappant que ces details sont quasi inexistants dans le deuxieme recit de voyage, redige par Hadrianus Marius.

Conditions materielles du voyage

Le voyage entre Malines et Bourges en mars 1532 dura 16 jours, dont un sejour de presque 3 jours a Paris. La condition des routes n'etait pas tres bonne, a cause des pluies printanieres, et, en general, les voyageurs progressaient assez lentement. Bien que second ne nous indique pas avec precision l'identite de ses compagnons de voyage, il est evident que son frere et lui faisaient partie d'un petit groupe de voyageurs, dont la composition changeait de temps en temps. Ils se deplacaient a cheval, mais les etapes parcourues etaient assez modestes : generalement entre 30 et 45 km par jour. second et ses compagnons avaient l'habitude de partir des le lever du soleil (6 h 30 a cette saison), de s'arreter vers 11 h pour le dejeuner, et de continuer leur chemin l'apres-midi, apres une pause d'environ deux heures. Il semble que leur vitesse n'excede pas 5-6 km/h.

A propos de la duree de chaque etape du voyage, second est beaucoup moins precis dans le premier journal de voyage que son frere, Hadrianus Marius. Ainsi, nous disposons de beaucoup plus de details materiels pour le voyage de 1533, entrepris exactement une annee plus tard. La route qu'empruntent les voyageurs est assez differente de celle de 1532 : les seules villes qu'ils revisitent sont Orleans, Etampes, Paris et Saint-Denis, ce qui implique chez les deux freres un desir de variation. A la difference de second, Marius nous donne presque toujours les heures de depart et d'arrivee, et, evidemment, cela facilite beaucoup nos calculs. Un exemple suffira pour indiquer leur progres general. Voici ce que Marius ecrit a propos du troisieme jour de voyage :

ubi [a Orleans] conquisitis nostratibus quibus vel antea nobiscum familiaritas inter cesser at, vel salutem nunciare amicorum nomine iussi eramus, opipare ccenavimus mane bora fere sexta ea urbe relicta, ccelo pluviam minante nisi earn ventus dispulisset, itinere strata ad Artenay, qui pagus sex miliaribus Aureliis distat, ante horam decimam advenimus, ibique pransi sumus. Inde digressi sumus statim post prandium itinere molesto ; ... nihilque retardati sumus, quin eo die sub horam Vl. Angerville pervenimus. (p. 25-26)

Nous y avons cherche nos compatriotes avec lesquels nous etions deja lies auparavant ou auxquels nous devions transmettre le bonjour de la part de leurs amis, et nous avons fait ensemble un plantureux diner. Le lendemain matin vers six heures nous avons quitte cette ville, sous un ciel qui annoncait la pluie, n'eut ete le vent qui l'a dissipee, et par une route unie nous sommes arrives avant dix heures a Artenay, village situe a six milles d'Orleans, ou nous avons dejeune. Nous en sommes partis aussitot apres le dejeuner par une route difficile ... sans autre retard, nous sommes arrives le jour meme vers six heures a Angerville.

 

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